Mon amour je te quitte

Mon amour je te quitte 

Argenteuil (95) – France – le 21 janvier 2020
par Manuela PENA PENA, docteure en psychologie sociale de la santé, spécialiste de l’obésité

Parfois il faut savoir rompre...

Ce matin, je tartine ma biscotte, j’y étale de la margarine et y rajoute une bonne cuillère de confiture allégée.
De la confiture allégée en sucre ? Mais pourquoi ? Comment est-ce possible ? Écrit en gros sur le pot : 30% de sucre en moins….
Mais comment fait-on de la confiture avec moins de sucre ? Pourquoi retirer du sucre ? Quel plaisir reste-t-il ?
Des questions peut-être un peu trop élaborées pour le petit déjeuner. Mais je n’y peux rien, je suis tombée dessus et j’ai commencé à me poser un milliard de questions sur LE SUCRE…

Du coup, je pars en fouille archéologique sur Google pour mieux comprendre pourquoi mon pot de confiture se vante de ces fameux 30% de sucre en moins.
Je savais déjà que le sucre est responsable d’un certain nombre de problèmes de santéAujourd’hui personne ne remet en question que le sucre peut conduire au diabète et à l’obésité.
Mais alors, pourquoi continuons-nous d’en manger, s’il est si mauvais ?
Qu’est ce qui nous fait consommer tant de sucre ?

Le sucre est-il addictif ?
J’en suis arrivée à me demander si le sucre était addictif…
Et là… On m’a perdue ! Le débat est toujours ouvert. 

En effet, si l’on en croit les études sur les addictions, le sucre produit chez les individus des comportements typiques de « drogué ».
On parle plus particulièrement de craving. Vous savez c’est la sensation de manque extrême. Cette sensation est telle que vous en tremblez, vous seriez prêt à tout pour en avoir.

Les fumeurs ont cette sensation les premiers jours d’arrêt du tabac, les toxicomanes aussi d’ailleurs.  craving = addiction
Mais alors pourquoi ne pas dire que le sucre est une drogue ? Pourquoi le débat reste-t-il ouvert ? 
Tout simplement parce que cette réaction n’est pas observée chez le rat. 
Eh oui ! Aujourd’hui les expérimentations sur les addictions sont réalisées sur les animaux, et plus particulièrement sur les rats. Aussi, nos chers petits amis se montrent-ils sensibles à toutes les substances addictives SAUF au SUCRE !

Et s’il y avait deux types d’addictions ?

Penchons-nous sur le sujet…
En effet, il existe deux formes d’addictions : des addictions aux substances et des addictions comportementalesLes deux formes peuvent être liées et s’additionner.
L’exemple du tabac, il y a l’addiction à la nicotine, mais aussi l’habitude du geste. Pour un fumeur, il est difficile de se passer de sa cigarette parce que non seulement la nicotine manque au cerveau, mais en plus le fumeur a ses habitudes. Il va fumer après les repas, en prenant un café, en buvant un verre d’alcool, en attendant un rendez-vous etc.

Comment expliquer la sensation de manque ?

Ce sont les addictions comportementales qui sont les plus complexes et difficiles à briser. Le sucre est aujourd’hui reconnu comme une addiction comportementale.
Nous ne sommes pas « addict » à la substance, même si de futures études pourraient venir remettre en question cela, mais nous sommes habitués à le consommer à certains moments.

Un grand classique c’est le besoin de manger du sucre quand on est frustré ou déçu. En effet, le sucre vient nous réconforter, il nous apporte un plaisir et une satisfaction immédiate.
Nous entretenons cette habitude. Notre cerveau est doué pour faire des associations et celle-ci il l’a réalisée il y a bien longtemps.
SUCRE = PLAISIR ET RÉCONFORT

Nous sommes TOUS programmés...

Il faut savoir que dès la naissance, nous sommes programmés pour préférer la saveur sucrée à toutes les autres saveurs. 
Le nouveau-né va sourire lorsqu’on lui dépose une substance sucrée sur la langue. 
Pourquoi ? parce que le lait maternel contient du SUCRE
Au même titre que l’enfant se sent réconforté par cette saveur sucrée, signe qu’il va être rassasié. Il semblerait que pour beaucoup nous maintenions cette association à l’âge adulte. Le sucre vient nous réconforter, comme la mère réconforte son enfant qui pleure parce qu’il a faim.
Au-delà de cette vision très mignonne, revenons à notre addiction. Nous mettons donc en place une relation de dépendance au sucre, dans le but de rester satisfait.
Le bébé est satisfait de cette saveur parce qu’initialement il avait faim. Mais nous, quel réconfort ? Tout comme l’enfant, nous recherchons à travers le goût sucré le plaisir immédiat, la sensation d’aller mieux. Mais pour nous, il ne s’agit plus de rassasiement ou de faim.

Tout le monde ou presque connaît « Mars, et ça repart ! » ou encore « Vous n’êtes pas vous, quand vous avez faim (Snickers) »…

C’est bien cette idée que l’industrie agroalimentaire nous vend depuis des dizaines d’années.
Aujourd’hui, les grandes marques nous veulent nous faire croire que les produits ultra sucrés nous font avancer, nous redonne de l’énergie, nous apportent quelque chose de plus au quotidien et que grâce à eux on n’aura plus faim, on ira mieux ou plus vite. C’est souvent même le contraire, nous aurons l’occasion d’en reparler.

Ces idées véhiculées par les industriels ne contribuent-elles pas à accentuer la consommation de sucre, mais également à insuffler le besoin d’en consommer toujours plus ?

Pour autant, on sait que la consommation excessive de sucre est dangereuse pour la santé. Au delà de la prise de poids que cette consommation peut générer, la surconsommation de sucre est directement liée à l’apparition d’un diabète de type II.

Consommer ou bannir le sucre, où se trouve le juste milieu ?

Aujourd’hui bannir le sucre de sa vie peut être source de frustration pour beaucoup d’entre nous. 

Cette frustration est liée au fait que l’on ne peut s’interdire quelque chose que l’on trouve partout autour de nous et pour le lequel nous sommes sollicités non stop. Et si nous cessions de fonctionner en tout ou rien. 

Au lieu de bannir le sucre de notre vie, et si nous apprenions à le consommer en quantité raisonnable ?

L’idée serait davantage de savourer les moments où l’on en consomme, en profitant du plaisir qu’il nous procure et d’accepter que ce plaisir ne peut être maintenu indéfiniment.
Ces sont des expériences proposées en atelier dégustation. On vous propose de déguster un aliment en plein conscience, bien concentré, en utilisant tout vos sens. On s’aperçoit au fil des prises alimentaires que le plaisir diminue car nos sens ont été doucement saturés par les saveurs.  Parce que oui, plus vous consommez un aliment, moins celui-ci conserve ses qualités gustatives. Nous aurons l’occasion d’approfondir ce sujet dans le cadre de l’alimentation en pleine conscience.
Donc inutile de surconsommer du sucre pour profiter du plaisir qu’il génère
. Du coup, la prochaine fois je me prendrai une vraie confiture qui m’apportera un vrai plaisir le matin au petit déjeuner.

Et vous, avec le sucre quelle relation entrenez-vous ?

Notation
5/5
Commentaires récents

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    contact
    Facebook
    Facebook
    Twitter